Aller au parloir montre à la personne enfermée qu’elle n’est pas seule, que ses proches la soutiennent au quotidien. Cela permet de prendre des nouvelles et d’en donner autrement que par le courrier.
Tout le monde peut demander à aller voir une personne au parloir, qu’il s’agisse de la famille ou non. Les autorités ne peuvent pas refuser un permis de visite à la famille proche (parents, enfants, frères et soeurs, coinjoint-e, grands-parents)
Au parloir, les proches peuvent aussi nouer des liens avec les autres personnes qui viennent visiter, partager leurs expériences, et s’entraider concrètement. Cela peut permettre de moins subir la prison et de moins se laisser mettre la pression par l’administration. Un parloir est un moment à la fois de répit, mais aussi de douleur et de frustration. Certain-es préfèrent éviter ce moment, sachant également les vexations que subissent les visiteur-euses (passage sous le portique, longues attentes, etc.), les frais et la fatigue que cela peut impliquer.
Si votre proche n’a pas de visite (refus des permis, éloignement géographique…), vous pouvez lui suggérer de demander au SPIP à rencontrer un-e visiteur-euse de prison (bénévole qui vient discuter avec les prisonnier-es les plus isolé-es).
Le permis de visite
Pour rendre visite à une personne détenue, la première étape consiste à obtenir un « permis de visite ».
Obtenir un permis de visite
Il est important de discuter de cette démarche avec la personne enfermée soit en lui écrivant un courrier, soit par son avocat. L’obtention du permis est parfois longue, il ne faut pas se décourager.
La personne détenue peut appuyer votre demande de permis auprès de l’autorité compétente par un courrier. Pour certain-es, en particulier les politiques et celles et ceux classé-es « détenu-es particulièrement signalé-es » ou DPS, les demandes sont plus difficilement acceptées qu’elles émanent ou non de la famille. Mais faire la demande est aussi un moyen d’exprimer sa solidarité et vous pouvez régulièrement renouveler votre demande.
Les démarches
Le permis de visite s’obtient, pour les prévenu-es, auprès du magistrat en charge de l’affaire : soit le juge d’instruction si une instruction est en cours, soit le procureur général du tribunal judiciaire si la personne est en attente d’un procès, soit le procureur général de la cours d’appel si la personne est en attente d’un procès en appel. Pour les condamné-es, il s’obtient auprès du directeur de la prison. Il existe aussi une procédure de demande de permis en ligne, mais elle concerne surtout les personnes condamnées et ne couvre pas encore toutes les prisons.
Les autorités qui délivrent le permis peuvent, avant de l’accorder, demander une enquête de personnalité. Suite à une demande de permis de visite, on peut être convoqué, soit au commissariat ou à la gendarmerie de son domicile, soit au service de police chargé de l’enquête sur les faits pour lesquels la personne est incarcérée. Il peut arriver que les enquêteurs en profitent pour vous mettre la pression, vous interroger ou effectuer une prise d’empreintes digitales ou d’ADN. Vous n’êtes pas obligé-es d’accepter. Pour être sûr-e de ne pas donner d’informations qui pourraient nuire à la personne enfermée, il peut être opportun de faire une demande de permis de visite une fois qu’il ou elle a été condamné-e.
Pour les personnes détenues hospitalisées dans des hôpitaux « normaux », les permis de visite sont normalement délivrés par le préfet, sauf à Paris (préfet de police). Il est préférable de s’informer auprès du juge d’instruction ou du directeur de l’établissement dans lequel la personne était incarcérée. En revanche, pour les personnes détenues hospitalisées dans un établissement de santé réservé aux personnes détenues (UHSI, UHSA, hôpital de la prison de Fresnes), les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le directeur de cet établissement pénitentiaire. Si la personne est prévenue et qu’elle est hospitalisée, il faut demander le permis de visite au magistrat saisi du dossier de la procédure.
Pour les proches étranger-es, il faut normalement être en situation régulière pour obtenir un permis de visite. Les juges ou les directeurs dérogent parfois à cette règle. Si vous faites une demande de permis, soyez prudent-es car cette démarche peut donner beaucoup d’occasions aux services de police pour vous arrêter (si vous donnez votre lieu habituel de résidence ou l’adresse de votre travail, etc.). Il est préférable de se rapprocher d’un avocat ou d’une association pour évaluer les risques encourus.
Si les prisonnier-es et leurs visiteur-euses veulent s’exprimer lors des parloirs dans une autre langue que la français, il faut, en principe le préciser lors de la demande du permis de visite.
Remplir un CERFA accessible en ligne suffit, mais vous pouvez aussi envoyer une lettre expliquant votre lien de parenté avec la personne ou la nature de vos liens (concubinage, collègue, ami-e…). A cela, il faut joindre deux photographies, une photocopie recto verso de votre pièce d’identité ou de votre carte de séjour, ainsi qu’une enveloppe timbrée à votre adresse pour la réponse.
Quelques conseils
Vous pouvez envoyer toutes les garanties de votre «bonne moralité» (sans toutefois en faire trop !) : fiches de paie, déclarations d’impôt, taxe d’habitation, quittances de loyer ou facture EDF aux 2 noms, casier B3 (s’il est vierge). Mais dans bien des cas, un casier vierge et un justificatif de domicile sont suffisants.
Si vous pensez qu’un certificat de concubinage apportera plus de poids à votre demande, fournissez-le.
Vous pouvez joindre à votre demande un courrier signalant votre « envie de soutenir » votre proche, notamment dans la perspective de sa sortie (si elle n’est pas trop lointaine), etc. Il ne faut pas hésiter à s’inventer des liens familiaux, quitte à en rajouter. Parfois les proches peuvent se concerter sur les différentes demandes de visites pour que les personnes n’ayant pas les garanties de représentations nécessaires et/ou liens de parenté requis fassent leur demande en premier. Ainsi, elles peuvent augmenter leur chance d’avoir un permis en argumentant que la personne incarcérée n’a pas encore de visite et qu’elle en a besoin.
Comptez trois semaines pour obtenir une réponse, mais la décision peut prendre beaucoup plus de temps, notamment si une enquête de police est faite sur vous. N’hésitez pas à téléphoner régulièrement, soit au bureau du juge d’instruction, soit à la prison, afin de connaître la décision. Il arrive souvent que la réponse ne soit pas envoyée (et donc non motivée) ou que la prison reçoive le permis avant que vous ayez la réponse. En l’absence de réponse pendant plus de deux mois du chef d’établissement, le silence de l’administration équivaut à un «rejet implicite» de la demande de permis de visite.
Lettre-type pour une demande de permis de visite
Votre Prénom et NOM
Votre adresse
[Pour les condamné-es]
Monsieur/Madame le/la Directeur/rice
Prison de _ _ _ _
[Pour les prévenu-es]
Monsieur/Madame le/la Juge
Tribunal de Grande Instance de _ _ _ _
Adresse
Lieu et date
Objet : Demande de permis de visite
Monsieur/Madame le/la Directeur/rice,
[ou Monsieur/Madame le/la Juge,]
Je vous écris afin de solliciter de votre part un permis de visite pour [Prénom et Nom], incarcéré-e à [nom de la prison], sous le numéro d’écrou [_ _].
Vous trouverez ci-dessous les informations me concernant :
Nom : Votre nom et prénom
Adresse : Votre adresse complète
Date et lieu de naissance
[explications]
Je tiens à rendre visite à [indiquez votre lien de parenté avec la personne incarcérée] afin de lui apporter du réconfort / afin de discuter de son avenir [évitez les polémiques et donc les formulations comme « cette injuste incarcération », etc. Si vous n’avez pas un lien de parenté proche avec la personne incarcérée, faites quelques phrases sur votre relation d’amitié, par exemple : « C’est un-e très bon-ne ami-e et je souhaite le/la soutenir durant son incarcération »].
[Vous pouvez évoquer votre absence de liens avec l’infraction et que vous avez un casier vierge, par exemple].
[Vous pouvez prendre l’occasion de la proximité d’un anniversaire (le votre, le sien, de ses enfants, etc.) ou de fêtes pour dire que vous espérez lui rendre visite à ce moment important pour vous ou votre famille (même si ce n’est pas le cas)].
Veuillez trouver ci-joint :
– copie (recto/verso) de ma carte d’identité [ou passeport ou carte de séjour]
– 2 photos d’identité
– enveloppe timbrée et libellée à mon adresse
– justificatif du lien de parenté [par exemple la copie du livret de famille]
– justificatif de domicile [par exemple la copie d’une facture Edf de moins de 3 mois]
En vous remerciant d’avance de l’attention que vous apporterez à mon courrier, je vous prie de croire, Monsieur (Madame) le Directeur, [ou Monsieur (Madame) le Juge] en mes sincères salutations.
Signature
Les recours en cas de refus de permis de visite
En cas de refus de permis, ce n’est pas toujours facile pour les proches de penser aux moyens de recours existants. Il existe pourtant quelques possibilités qui ont permis à des situations d’être débloquées.
Pour les prévenu-es, le juge d’instruction n’est tenu ni de répondre, ni de motiver son refus de délivrer un permis de visite, aux personnes n’appartenant pas à la famille de la personne enfermée. Celles-ci n’ont aucun recours, mais peuvent envoyer autant de demandes de permis qu’elles le souhaitent. Par contre, après le premier mois de détention provisoire, le juge d’instruction ne peut refuser un permis de visite à un-e membre de la famille de la personne détenue que par une décision spéciale et motivée par rapport aux nécessités de l’instruction. En cas de refus, les membres de la famille peuvent faire un recours, dans les 10 jours après la notification de la décision, devant le président de la chambre de l’instruction. Il devra statuer dans les 5 jours par une décision écrite et motivée. Cette décision n’est pas susceptible de recours, mais une nouvelle demande de permis pourra être reformulée à tout moment. Si le président de la chambre d’instruction annule la décision du juge d’instruction, c’est lui-même qui délivre le permis.
Pour les condamné-es, sauf en cas de motifs liés à la sécurité et au bon ordre de l’établissement, le directeur ne peut pas refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d’un condamné-e ou à ses tuteur-rices.
Si un directeur refuse de délivrer un permis, il est possible d’effectuer un recours administratif (c’est-à-dire un nouveau recours auprès du directeur ou bien une nouvelle demande, qui mentionne le refus du directeur et si possible argumentée, auprès du directeur interrégional de l’AP) ou un recours contentieux devant le tribunal administratif dans les deux mois. Vous n’avez pas pour obligation de désigner un avocat pour ces procédures et vous pouvez choisir de faire vous-même toutes ces démarches. Ce recours peut s’appuyer sur le code de procédure pénale (CPP) et sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.
Quoiqu’il arrive, c’est important d’insister et de ne pas lâcher l’affaire.
Durée de validité du permis de visite
Les permis de visite sont normalement définitifs, sauf s’ils sont délivrés à titre exceptionnel pour un nombre de visites déterminé, ce qui est alors précisé sur le document.
Pour les prévenu-es, le permis de visite est valable jusqu’à ce que la condamnation (éventuelle) acquière un caractère définitif. Si un nouveau juge d’instruction est en charge du dossier, le permis de visite est maintenu mais le nouveau magistrat peut supprimer, suspendre ou accorder un nouveau permis de visite.
Une fois la personne définitivement condamnée, il faut en principe faire une nouvelle demande de permis de visite, cette fois au directeur. Mais en pratique, les permis obtenus durant la détention provisoire sont maintenus sans nouvelle procédure.
Et les enfants ?
Les enfants doivent avoir un permis de visite, même si, dans certaines prisons, le livret de famille peut suffire pour les plus jeunes.
Toute personne mineure doit en principe venir au parloir accompagnée par une personne majeure qui a, elle aussi, un permis de visite. Si aucun proche ne peut ou ne veut emmener un-e enfant rendre visite à son parent incarcéré, prenez contact avec le Relais Enfants Parents. Ils et elles peuvent le faire bénévolement, mais sous certaines conditions (absence de retrait de l’autorité parentale notamment).
Il est possible de se dispenser de cet accompagnement à trois conditions : que la personne mineure soit âgée d’au moins 16 ans, que les personnes qui exercent sur elle l’autorité parentale en donnent l’autorisation écrite et que la visite soit rendue à une personne titulaire de l’autorité parentale à son égard.
Lorsque la personne visitée est un-e prévenue, le magistrat peut autoriser la personne mineure à visiter seule une personne incarcérée non titulaire de l’autorité parentale.
Il n’est pas simple d’emmener un-e enfant au parloir, surtout si c’est également votre premier parloir. Rendez-vous d’abord seul-e au parloir, ce sera plus facile ensuite d’y aller avec un-e enfant. Prenez en compte l’âge de l’enfant, sa personnalité, etc. et l’avis de la personne incarcérée (c’est dur aussi, pour la personne détenue, de voir son enfant dans un pareil lieu…).
Dans certaines prisons, il y a des parloirs spécialement aménagés pour les enfants. N’oubliez pas que le temps d’attente est souvent long. Pour les enfants en bas âge, il est possible de prendre un jouet mais il sera, comme les biberons, contrôlé. Les accompagnateur-rices peuvent prendre une couche et une bouteille d’eau non ouverte.
Les enfants sont soumis aux mêmes contrôles que les adultes. Evitez qu’ils et elles aient à passer plusieurs fois sous le portique en veillant particulièrement à ce qu’ils et elles ne portent ni vêtement, ni ceinture, ni bretelles susceptibles de le déclencher.
Pour les plus jeunes, certains établissements prêtent une poussette aux visiteur-euses une fois le portique passé.
Le premier parloir
Vous pouvez venir à plusieurs au parloir, mais renseignez-vous auprès de l’établissement car le nombre maximun de personnes autorisées varie (de trois à cinq personnes généralement).
La visite prend bien davantage de temps que le parloir : il faut faire vérifier son permis et son identité, passer sous le portique, attendre l’arrivée de la personne enfermée et encore attendre avant de pouvoir sortir… Comptez, pour une visite en maison d’arrêt de 30 minutes, au moins deux heures, auxquelles il faudra ajouter le temps de transport.
Munissez-vous toujours de votre pièce d’identité. On peut vous refuser l’accès au parloir en cas d’oubli, même si vous venez plusieurs fois par semaine et que les surveillants vous «connaissent». Si cela vous arrive, demandez aux surveillants de l’accueil d’en référer à un gradé, qui éventuellement pourra prendre la responsabilité de vous laisser entrer.
Soyez ponctuel-les. Dans beaucoup de prisons, aucun retard n’est toléré. Au moment de la réservation, demandez à quelle heure précise il faut être là (parfois les prisons donnent l’heure à laquelle vous voyez votre proche et non pas l’heure où vous devez vous enregistrer). Si cela vous arrive, essayez de faire intervenir des bénévoles de l’accueil des visiteur-euses, le CPIP ou demandez que le surveillant en réfère à un gradé, mais il vous faudra particulièrement bien plaider votre cas…
Vérifiez que vous n’allez pas sonner lors de votre passage sous le portique.
Prévoyez de la monnaie (les consignes fonctionnent souvent avec des pièces de un ou deux euros).
Vous pouvez apporter du linge, mais aussi récupérer le linge de votre proche. Vérifiez toujours les listes de ce que vous donnez ou de ce que vous reprenez.
Réserver son parloir
Dans la plupart des prisons, il faut réserver son parloir. Selon l’établissement, la réservation se fait par téléphone, par carte magnétique à insérer dans une borne, auprès d’un surveillant à l’accueil ou par internet.
Si on vous donne un récépissé de votre prise de rendez-vous, gardez-le précieusement en cas de problème ultérieur.
Réservez votre parloir dès que possible, car les standards téléphoniques sont souvent saturés et les plannings risquent d’être déjà complets. Il est possible de réserver quelques semaines à l’avance.
Dans certains cas, les personnes incarcérées peuvent réserver elles-même les parloirs via le chef de détention.
Les accueils des familles et des proches
Dans beaucoup de prisons, il y a un accueil pour les proches de prisonnier-es. Selon les endroits, y sont proposés différents services : simple salle d’attente, garde des enfants pendant le parloir, propositions d’hébergement des proches venant de loin (pour une somme modique) et transport depuis la gare ou l’aéroport le plus proche, soutien psychologique, etc.
Ces bénévoles pourront vous renseigner (souvent mieux que l’AP) sur les moyens d’accès à la prison, notamment par les transports en commun et le règlement concernant les dépôts de linge et de livres ou les demandes de parloir.
Pour savoir s’il existe une telle structure dans la prison où votre proche est incarcéré-e, vous pouvez demander au SPIP, mais aussi vous renseigner auprès de l’UFRAMA (fédération valisée par la pénit’ qui réunit les associations des accueils famille), sur les forums internet de proches de prisonnier-es. Les accueils sont tenus normalement par des bénévoles. Ils ou elles sont théoriquement indépendant-es de l’AP. Mais rien ne vous oblige à répondre à leurs questions, notamment dans les salles d’accueil, souvent bondées et toujours surveillées : ça ne se voit pas toujours, mais vous êtes sur le domaine pénitentiaire !
Témoignage sur le premier parloir : Lettre à un proche incarcéré
Je voulais te raconter comment le premier parloir ça s’est passé de mon côté…
D’abord, il y a eu la galère de la prise de rendez-vous. On m’avait dit que ça serait compliqué, alors pour être sûre d’avoir un rendez-vous, je me suis levée à 8h30. Et, là, en prenant un café, j’ai mis mon téléphone sur haut-parleur et j’ai appuyé inlassablement sur le « BIS » jusqu’à ce que quelqu’un décroche. Quand je réussis à avoir le standard, je commence à lui expliquer que … mais, il m’écoute déjà plus et me demande LE numéro, pas ton nom, ton NUMÉRO, puis mes disponibilités. Après, quelques minutes, il me dit c’est Ok. Il balbutie une date et une heure. Puis raccroche. L’angoisse, en raccrochant, j’étais déjà plus sûre de l’heure. …
Ce matin, j’étais un peu tendue et j’ai pas réussi à manger. Je suis partie tôt, vers midi, mais heureusement parce que l’autoroute était bouchée. Il a fallu changer l’itinéraire, on a pris la bande d’arrêt d’urgence… J’arrêtais pas de regarder ma montre. Dans la voiture, c’était le stress. On est arrivé vers 12h35. Beaucoup de personnes sont déjà là, alors que l’abri n’ouvre qu’à 12h45. En fait, c’est les gens qui arrivent en bus : il y en a qu’un seul toutes les heures, avec des horaires pas commodes du tout. Soit tu arrives à 12h15 et t’attends ¾ d’heures, soit tu arrives à 12h55 et là si le bus arrive en retard : t’es foutu ! Le bus, c’est la galère, ça rajoute du temps.
Bon, il est 12h45. L’abri ouvre mais pas encore le local de l’association. Les femmes (il n’y a que des femmes) sont plutôt sympas, te prêtent un feutre « que tu dois rendre tout de suite » et t’expliquent vite fait. Parce que quand c’est le 1er parloir, personne ne t’explique : tu regardes comment les autres font. Par exemple, moi, je savais pas quoi faire avec mon sac de linge. Donc, au moment où je vais « m’annoncer » à la surveillante, je lui demande comment ça se passe. Et, là, elle me dit d’attendre. Attendre, c’est ce qu’on fait pendant une bonne demi-heure déjà. Heureusement, une fille me voit galérer et me dit qu’il faut que je l’emmène avec moi.
Du coup, j’attends puis une autre surveillante arrive et commence à appeler les « familles » : famille X, famille Y, famille Z., etc. Pour eux, t’as pas de nom, t’es qu’une « famille ». Les noms passent vite, elle parle tout doucement, et t’as pas intérêt à pas entendre. « Famille B ». J’étais tellement surprise que j’ai failli oublier le sac de linge.
On quitte la « zone publique » et on rentre dans la prison. Donc, tu passes la porte de l’abri, traverses une cour et tu rentres dans un sas qui fait 4m² où tout le monde doit rentrer. Zone « portique ». C’est là, où on referme la porte derrière moi pour la première fois. Bruit de porte qui claque. Le sas est vraiment trop petit.
Les matons font l’appel une nouvelle fois. A ton nom, je donne mon passeport. Vu que je n’ai pas ton nom, il me demande plusieurs fois qui je vais voir. Il me demande de mettre le sac de linge dans le détecteur-métal (c’est la même machine qu’au tribunal) et je passe sous un portique. Je suis un peu tendue. J’avais un peu peur donc je n’ai que des chocolats dans ma poche. Je voulais t’amener plus de surprises mais ça sera pour une prochaine fois. J’ai fait attention à ne pas avoir de trucs en métal (j’avais enlevé ma ceinture mais mon jean tombait un peu et c’était désagréable). C’est bon, je suis passée de l’autre côté et là on attend compressé dans 1m². Il y a une dame qui avait plein de bijoux : des bagues, des bracelets, des boucles. Elle arrêtait pas de sonner. Bip, Bip, Bip, Bip. Certaines s’impatientaient, moi ça me faisait marrer. Quand tout le monde est passé, ils ouvrent le sas et on se retrouve à l’extérieur entre deux murs (c’était bien la peine de nous faire attendre dans le mini-sas). La matonne hurle une nouvelle fois nos noms, puis crie le numéro de la cabine.
Une porte s’ouvre. J’ai l’impression d’entrer dans un hôpital ou un gymnase. Les murs sont vert-bleu, jaune crasseux, carrelage au sol. J’ai donné ton sac de linge : un maton vérifie si j’ai bien tout mis sur la liste et surtout il met en bordel ce que j’avais pris soin de plier pour que tout soit bien dans le sac. Je voulais demander si les maillots de foot passaient et j’ai abandonné. Puis, je vais dans une autre petite salle où il y a des toilettes (où tu te rhabilles, tu te prépares). Et l’attente.
Il y a celles qui se racontent des trucs, qui donnent des nouvelles de « leur homme », qui rigolent, qui sont copines de parloir, qui viennent à deux ou avec les enfants. Puis, celles plus discrètes, plus soucieuses. La salle est faite pour que l’entrée des cabines ne se voient pas. Impossible de guetter, seulement entendre le magnet’ de la porte qui s’ouvre.
Salle des cabines. La pièce est éclairée par des baies vitrées. C’est fait en U avec un espèce de jardin au milieu et des sculptures bizarres. On avait la même chose au lycée. Chacune est allée se mettre devant sa cabine. La porte a une longue fente mais elle n’a pas de poignées. Je comprenais pas mais la matonne arrive et ouvre à toute vitesse les portes avec sa poignée amovible. Je suis rentrée et vlan. La porte s’est refermée encore une fois et ça m’a un peu angoissée. J’ai commencé à avoir chaud et ça manquait d’air. Il était déjà 13h30. Il commence à y avoir du bruit aux talkies : « ça arrive côté Dét’. » J’entends des gens parler dans les deux cabines autour de moi. Le brouhaha commence, les embrassades et tout. Des têtes passent devant la lucarne… Et toi ? T’es où ?
Et puis, la porte qui s’ouvre. Trop court. Trop court. ½ heure c’est trop court. J’étais heureuse de te toucher.
Et puis, « tût » de la sonnerie. Comme au lycée. Sauf qu’au lycée, c’est le soulagement de la fin du cours. C’est le signal pour fermer les cahiers et sortir à l’air libre. Ici, tout le contraire. D’un seul coup, tout va plus vite. Les portes s’ouvrent plus rapidement, ils s’empressent de venir te chercher… Quand la porte de ton côté s’est refermée, tout est devenu horrible. Parce que c’est fini, et que j’avais qu’une seule envie me barrer le plus vite de cet endroit, garder un peu de toi loin d’ici. Avant de te voir, je prends sur moi, mais là, c’est plus supportable. Du coup, tu guettes la matonne à la poignée. 10 minutes, ¼ d’heures… Tout le monde commence à s’énerver. J’entends des « putains », des « fais chier », et même « nous, on est pas enfermé ». Et puis, là, enfin, je respire.
Mais, c’est toujours pas fini. Il faut faire le trajet inverse. J’attends à nouveau dans une salle. Fatiguée, pensive, tout le monde est un peu encore dans son parloir.
Ça y est, la porte s’ouvre. On récupère le linge sale : la serviette, le gant de toilette, le tee-shirt donné aux arrivants, des chaussettes non-utilisées (?), des chaussettes du sport, des affaires à toi.
On attend encore. Puis, on repasse sous le portique, je prends mon passeport et avant que la porte ne se referme. Un maton dit « bonne journée ». Personne ne répond vraiment, on rejoint l’abri. Il est 16h. Je sors épuisée, comme si j’avais fait un marathon.
Avant de partir, je demande si je peux prendre un rendez-vous. Évidemment, la matonne dit que l’imprimante ne marche pas. Du coup, c’est sûr, lundi, même scénario. On verra bien…
Les parloirs
Les visites ne se déroulent pas dans la cellule du détenu. On n’est pas non plus (sauf en cas de « parloir hygiaphone ») séparé de la personne enfermée par une vitre et dans tous les cas on ne communique pas avec lui par un téléphone comme dans les films états-uniens ! Les parloirs ne sont jamais pareils et ils sont rarement des lieux chaleureux.
Le plus souvent, il s’agit d’une petite pièce ou cabine, avec deux portes vitrées (une du côté de la personne détenue, l’autre du côté des visiteur-euses), avec une table et quelques chaises. Les cloisons sont généralement fines et le brouhaha important.
Exceptionnellement, il y a une vitre de séparation dans le cas où une punition a été prononcée, lorsqu’il s’agit d’une mesure à l’encontre d’un-e «détenu-e particulièrement signalé-e» (DPS), ou dans le cas de mesures de confinement sanitaire, ou encore dans les nouvelles prisons de haute-sécurité pour les personnes accusées de narcotrafic.
Fouilles et portiques
Les visiteur-euses doivent déposer toutes leurs affaires personnelles dans un vestiaire prévu à cet effet avant de se rendre au parloir.
Faites attention de ne rien oublier dans vos poches qui soit répréhensible (portable, argent, etc.) : vous pourriez vous voir refuser l’accès au parloir et votre permis de visite pourrait être supprimé.
Les surveillants n’ont pas le droit de fouiller les proches. Ils peuvent vous demander de montrer ce que vous avez dans les poches, mais ils ne peuvent pas vous toucher. Par contre, ils peuvent appeler la police ou la gendarmerie pour le faire et les parloirs et les salles d’accueil peuvent être l’objet d’une fouille policière, notamment avec des chiens afin de détecter les produits stupéfiants. Une procédure peut également viser des personnes en particulier. Il y a régulièrement des prisonnier-es et leurs proches trouvé-es en possession de produits stupéfiants lors des parloirs. Dans ce cas, le droit de visite est suspendu ou supprimé (voir ci-dessous).
Les enfermé-es sont très régulièrement fouillé-es à l’issue du parloir.
Les proches doivent se soumettre « aux mesures de contrôle jugées nécessaires », notamment le passage sous un portique détecteur de métaux, éventuellement complété par un détecteur manuel de métaux (aussi appelé « poêle à frire »).
Pour que le détecteur ne sonne pas, il faut éviter de porter : des pinces à cheveux, des vêtements avec fermeture éclair ou boutons de métal, des soutiens-gorge avec armature, des chaussures avec bout métallique… Certains détecteurs de métaux sonnent pour un emballage de préservatif ou de chewing-gum. Si le détecteur se déclenche lors de votre passage, il faut retirer les objets ou vêtements qui sont en cause, jusqu’à ce que le portique ne sonne plus, faute de quoi l’accès au parloir vous sera interdit. Il est souvent humiliant de devoir retirer son soutien-gorge devant des surveillants, donc mettez plutôt ceux sans armatures ou dont les armatures sont en plastique. Presser les armatures avec les bras croisés réduit la probabilité de déclencher la sonnerie. Si vous cachez quelque chose dans votre soutien-gorge, assurez vous préalablement qu’il ne sonne pas. Avec les chaussures, c’est ce qui déclenche le plus souvent le portique !
Il est conseillé de marcher lentement en passant sous le détecteur et de ne pas le toucher, car ça réduit le risque de le déclencher.
Cela vaut pour les détecteurs de métaux classiques mais de plus en plus d’établissements sont équipés de portiques plus sophistiqués, les portiques à ondes millimétriques (POM), fonctionnant par la détection surfacique et permettant de visualiser à l’écran, la présence d’objets métalliques mais aussi plastiques, organiques, céramiques, liquides, semi-liquides, papier, y compris lorsque qu’ils sont dissimulés dans les vêtements ou entre les vêtements et la peau de la personne contrôlée. Ce sont les mêmes que ceux que l’on trouve dans les aéroports.
Si la personne qui vient en visite porte une prothèse, un pacemaker ou une plaque métallique suite à une intervention chirurgicale, elle doit se munir d’un certificat médical attestant cette opération et la présence d’éléments métalliques dans le corps. Si elle a besoin de béquilles pour se déplacer, celles-ci sont inspectées et il n’est pas inutile d’être muni d’un certificat médical.
Lorsqu’un-e visiteur-euse est en fauteuil roulant, il est préférable de prendre contact avec la prison afin de vérifier les conditions d’accessibilité et éventuellement le prêt, par l’AP, d’un fauteuil une fois le portique franchi.
Souvent, en cas de « problème » avec une personne, les surveillants auront tendance à dire « si les autres ont du retard, c’est de votre faute », « vous bloquez tout le monde », etc., cherchant à monter les personnes qui visitent les unes contre les autres. Dans ces moments-là, il est important de se soutenir, de montrer sa solidarité face aux matons.
Durée et fréquence des visites
Les prévenu-es doivent pouvoir être visité-es au moins trois fois et les condamné-es au moins une fois par semaine. En pratique, ce n’est pas toujours respecté, notamment à cause du surnombre d’enfermé-es. Les jours et horaires des parloirs, leur durée et leur fréquence, sont fixés par les établissements.
Il est possible de demander un parloir prolongé ou « parloir double ». La personne incarcérée et la personne proche doivent faire une demande écrite au directeur et au service des parloirs. Ces parloirs prolongés peuvent être attribués une fois par mois à celles et ceux qui en font la demande. Généralement, sont pris en compte l’éloignement, la fréquence des visites et le lien de parenté entre les deux personnes.
Les personnes faisant l’objet d’une sanction de confinement en cellule ordinaire conservent leur droit d’être visitées dans les mêmes conditions. Les personnes placées au mitard ont droit à une seule visite par semaine, normalement sans hygiaphone (plexiglas), sauf si elles ont fait l’objet d’une sanction supplémentaire.
La surveillance des parloirs
Les coursives des parloirs sont généralement surveillés par des caméras. L’une d’elle peut même être exactement braquée sur votre cabine.
Durant les parloirs, les surveillants passent régulièrement regarder ce qui se passe dans les cabines. N’oubliez donc jamais que, en prison, les murs ont des oreilles : les surveillants sont en mesure d’entendre les conversations. Il peut arriver que des propos tenus au parloir deviennent des éléments à charge dans un procès (suite à la présence d’un dispositif d’écoute au parloir). Cependant, le parloir doit rester un moment de partage. Il ne faut pas surestimer les moyens d’écoute de la pénitentiaire débordée par la surpopulation en maison d’arrêt et, comme avec le courrier, ne pas céder à l’autocensure.
Les prisonnier-es et leurs visiteur-euses doivent s’exprimer en français (ou dans une langue étrangère uniquement si le permis de visite le mentionne expressément) même si cette disposition est rarement appliquée.
Ramener des choses au parloir
Chaque prison a une liste d’interdictions. La nourriture n’est pas autorisée. Dans la pratique, nombre de petites choses rentrent au parloir pour être consommées directement (friandises, kebabs, etc.) ou pour être rentrées en détention. L’important est de prendre le temps de comprendre comment ça marche et les risques qu’on prend. Peu à peu, on apprend des autres visiteur-euses ce qui est possible ou pas… Il est interdit de manger ou de boire pendant la visite. Il est également généralement interdit de fumer. Certains établissements le tolèrent néanmoins.
Il est possible de donner directement à la personne incarcérée certaines choses comme des objets ou documents liés à la vie de la famille ou à l’exercice de « l’autorité parentale » (documents scolaires par exemple) « des dessins, écrits ou petits objets (de moins de 15cm et non-métalliques) réalisés par les enfants ». D’autres choses peuvent être apportées (lors du dépôt de linge) pour être transmises par le personnel pénitentiaire : des livres, CD et DVD ; des objets nécessaires à la pratique religieuse ; du matériel pour les correspondances (timbres, enveloppes, etc.).
Selon le règlement, tout échange illicite d’objets (argent, lettre, téléphone, etc.) entre la personne détenu-e et ses visiteur-euses peut être puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Si une personne enfermée est trouvée en possession d’argent liquide, celui-ci est saisi et remis au Trésor Public. Mais dans certains établissements pour peines, vous pouvez vous munir de pièces de monnaie pour les distributeurs de boissons et de friandises qui se trouvent dans les parloirs.
En cas d’incident au parloir, un surveillant peut interrompre la visite et le droit de visite peut être supprimé.
La sexualité au parloir
Les rapports sexuels sont interdits au parloir mais autorisés au sein des unités de vie familiale (UVF). Il est considéré comme une faute disciplinaire du 2ème degré le fait «d’imposer à la vue d’autrui des actes obscènes ou susceptibles d’offenser la pudeur». Il est évident qu’au parloir on ne cherche à imposer à personne la vue de notre intimité, ce sont juste les surveillants qui ont ce droit au voyeurisme et à la dénonciation.
La personne prisonnière risque de passer au prétoire (c’est-à-dire le « tribunal » interne à la prison) si vous êtes surpris. Elle peut être condamnée à un placement de 14 jours maximum au mitard. La personne détenue et ses visiteur-euses peuvent également se voir supprimer l’accès au parloir sans dispositif de séparation pour une durée maximum de quatre mois.
Dans la pratique, vous découvrirez que les rapports sexuels sont parfois possibles ou tolérés. Ils se font souvent dans des conditions qui manquent d’intimité.
La possibilité de prescription de contraceptifs (pilule, stérilet, implants contraceptifs…) est réduite pour les femmes détenues. Les détenus ont librement accès aux préservatifs externes (dits masculins) dans les infirmeries. Mais il leur est souvent compliqué (notamment en raison des fouilles) d’en amener au parloir. C’est donc vous, dehors, qui devez vous en charger.
Certains emballages de préservatifs déclenchent la sonnerie des portiques d’entrée. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas en utiliser, d’autant que les surveillants ont rarement de consignes en la matière et réagissent donc diversement…
C’est peut-être l’occasion d’opter pour les préservatifs internes (dits féminins), qui peuvent être installés plusieurs heures avant un rapport sexuel et sont indétectables.
Une personne incarcérée peut demander à faire un test du VIH ou de l’hépatite B.
Que faire en cas de « parloir fantôme » ?
Lorsque la personne qui vient en visite ou la personne détenue ne se présente pas (volontairement ou pas) c’est un « parloir fantôme ». Ce qui veut dire que la personne se retrouve seule dans la cabine de parloir.
Si les matons vous interdisent l’accès (retard, problème de permis de visite, par exemple), demandez à ce qu’ils informent votre proche (en faisant intervenir un gradé) ou par le CPIP et écrivez-lui le plus rapidement possible afin de le ou la rassurer sur ce qu’il vous est arrivé.
Si la personne enfermée ne se présente pas au parloir, exigez une explication. Elle peut être extraite pour raisons judiciaires ou médicales notamment. Si elle est placée au mitard, elle conserve son droit de recevoir des visites à raison d’une fois par semaine. On n’a pas le droit de vous refuser le premier parloir qui avait été réservé avant la mise au mitard.
Parloir intérieur
Deux personnes incarcérées peuvent demander à se rencontrer dans le cadre de « parloirs intérieurs », à condition que les délits ou crimes pour lesquels elles sont poursuivies ne sont pas liés. Il faut au préalable qu’elles obtiennent un permis de visite (du juge ou du directeur de l’établissement) et qu’elles soient affectées dans la même prison.
Conserver son permis de visite
Au parloir, on s’énerve plus facilement qu’ailleurs… Quoi qu’il arrive, il faut savoir que les surveillants ne peuvent ni fouiller des visiteur-euses, ni procéder physiquement à leur évacuation du parloir. Il faut pour cela que la police ou la gendarmerie intervienne et il y a un fort risque de poursuites judiciaires par la suite.
Le permis de visiter une personne incarcérée peut être réduit, suspendu, voire retiré. Il existe en fait deux cas de restriction du droit de visite.
Lorsqu’une « faute a été commise au cours ou à l’occasion d’une visite » (conduite indécente, entrée et/ou consommation de stupéfiants ou d’alcool), une sanction de « privation de parloir sans dispositif de séparation » peut être prononcée. Les parloirs se déroulent avec un hygiaphone (plexiglas). La durée de la sanction est de quatre mois maximum (ou peut être d’un nombre fixe de parloirs).
« En cas d’incident au cours de la visite » ou « s’il y a des raisons graves de redouter un incident », la suppression de toute visite est également possible. La durée de la sanction est à la discrétion du directeur et peut donc être définitive sauf pour la famille proche qui en théorie ne peut être privée de visiter que provisoirement.
Pour contester ces décisions, il faut effectuer les mêmes recours que lors d’un refus de délivrance d’un permis de visite. La personne prisonnière peut également réclamer à être reçue par la direction afin d’appuyer la demande de rétablissement du permis de visite en faisant valoir sa version des faits.
Les unités de vie familiale (UVF)
Les UVF sont de petits appartements meublés de 2-3 pièces dans lesquels la personne incarcérée peut recevoir ses proches pour une durée de 6 à 72 heures (6 heures la premières fois, 24 à 48 heures les fois suivantes, 72 heures une fois par an si c’est les mêmes proches qui y vont à chaque UVF). Ces « parloirs familiaux » permettent de voir ses proches plus longtemps qu’au parloir classique et avec davantage d’intimité. Il y a une courette/un jardinet pour s’installer dehors pour manger, fumer, laisser jouer les enfants. Il y a un vrai espace salon, chambre, cuisine (le lieu d’activités à faire ensemble « comme à la maison »). La personne enfermée peut aussi y amener des jeux, des livres ou des DVD empruntés à la bibliothèque.
Les surveillants vont passer plusieurs fois durant le séjour pour voir si tout le monde est là, ils préviennent par interphone 10 minutes avant. Si les familles ne répondent pas, les surveillants arriveront en nombre et pourront mettre fin à l’UVF.
En ce qui concerne la nourriture à l’intérieur de l’UVF, c’est à la personne prisonnière de la cantiner. Les proches peuvent ramener leur linge perso et leurs médicaments (sur présentation d’une ordonnance et en quantité limitée), mais ne sont pas autorisés à apporter autre chose. Pour le tabac, il n’est admis que des paquets neufs, sous blister d’origine et en quantité limitée. Comme au parloir, pour amener des petits plats cuisinés, du shit, de l’alcool, un téléphone… il faut se débrouiller pour que les matons ne les trouvent pas à la fouille. Les produits nécessaires à l’alimentation et aux soins des jeunes enfants sont autorisés à condition qu’ils soient dans leur emballage d’origine, non entamés. Tout sera répertorié et contrôlé.
Il existe aujourd’hui des UVF dans certaines maisons d’arrêt (pas toutes), dans les centres de détention et maisons centrales. Les prévenu-es comme les condamné-es peuvent en faire la demande, mais les prévenu-es doivent au préalable avoir obtenu l’accord du juge d’instruction. Il peut y avoir au maximum 4 personnes lors de la visite (en comptant la personne incarcérée). Il est parfois possible d’obtenir une place en plus pour un enfant de moins de 3 ans.
Il faut obligatoirement avoir un permis de visite pour obtenir un UVF mais pas nécessairement avoir un lien familial avec la personne qu’on vient visiter (il faut dans ce cas insister sur la solidité du lien affectif et l’importance de son maintien en vue de la sortie). Les mineur-es peuvent rendre visite à un-e prisonnier-e en UVF seulement s’ils et elles sont accompagné-es d’une personne détenant l’autorité parentale.
Pour demander une visite en UVF, il faut avoir rendu visite minimum 4 fois à la personne et sur une durée de plus d’un mois.
Les prisonnier-es doivent en faire la demande écrite (souvent à l’aide d’un formulaire « requête UVF ») et les personnes qui viennent les visiter doivent aussi faire une demande (en adressant une lettre au « service UVF » de la taule). Il faut préciser dans la lettre les noms et prénoms des visiteur-euses et de la personne à qui on vient rendre visite, les liens qui nous unissent et les motivations. La demande est ensuite instruite et la demande sera validée ou non devant une commission. L’administration a deux mois pour valider la demande. Si la demande est validée, un CPIP contactera à la fois la personne enfermée et les visiteur-euses, il faut ensuite réserver un créneau. Chaque nouvelle demande d’UVF par la suite sera soumise à cette procédure.
Attention, même si c’est un moment attendu, se retrouver enfermé-es peut être pesant pour les proches qui ressentent vite le poids de la prison pendant la visite. Il est possible à tout moment de demander à l’interphone de sortir de l’UVF si c’est trop difficile (attention dans ce cas à le signaler calmement afin que la matonnerie ne croie pas que c’est une dispute avec l’enfermé-e qui vous oblige à sortir).
Solidarités entre visiteur-euses
Au moment des parloirs, c’est important de rompre l’isolement et de se parler entre proches de prisonnier-es pour trouver des moyens de moins subir la pression de l’AP, et peut-être de résister collectivement. Cela passe par le fait de s’échanger des infos sur le parloir : par exemple, se prévenir quand l’enregistrement commence, aider, expliquer ou traduire pour une personne en difficulté, se refiler des tuyaux, etc. Mais aussi faire face aux matons lorsqu’ils mettent la pression : sur les retards, les fouilles… Les proches peuvent également s’échanger des infos et expériences sur les procédures judiciaires : contacts d’avocats, recours possibles… Enfin, certains s’organisent déjà pour faire des covoiturages : les déplacements pour les parloirs sont ainsi moins chers et plus sympas. Cette solidarité pourrait s’étendre plus largement en s’organisant pour mettre davantage de pression à l’AP. À plusieurs, on est toujours plus fort-es !
Covoiturage et hébergement
Pour les familles et ami-es, une fois obtenu le permis de visite, se rendre au parloir peut s’avérer compliqué à cause de la distance, du temps de voyage, des horaires (en plus, bien sûr, des plannings à réarranger avec le boulot, la garde des enfants, etc…). De plus, il faut faire attention à l’argent : celui qu’on perd avec une journée de travail chômée, celui qu’on dépense pour le baby-sitting, le billet de train, le carburant, une nuit à l’hôtel, l’achat de livres et les vêtements neufs à mettre dans le sac…
Dans de rares cas, des associations, des collectifs militants ou des paroisses ont prévu des hébergements à coûts réduits, des covoiturages ou des accueils solidaires. C’est en parlant avec les autres personnes venant aux parloirs et surtout avec les permanent-es de l’accueil familles que vous avez le plus de chance de découvrir si de tels services sont proposés près de la prison où vous devez vous rendre. L’UFRAMA recense sur son site 2des hébergements pour les proches. Certains hôtels ou pensions de familles ont une clientèle habituelle de proches de prisonnier-es et ont développé des méthodes d’accueil spécifiques (navettes jusqu’au centre pénitentiaire par exemple). Mais il y a toujours des possibilités d’entraide spontanée et non institutionnelles entre « femmes de parloir » !
Voici quelques adresses qui marchaient en 2025, quand ce guide est sorti :
Covoiturage
Groupe de covoiturage pour les Baumettes (Marseille): https://t.me/+9QYpKll4ZlE4YWI0
Start up de covoiturage « blablacar des prisons »: http://jailcar.fr
Hébergement
- Prison de Moulins-Yzeure (03)
APAV (Accueillir Pour Aider à Vivre)
35 Rue Baudin
03000 Moulins
Téléphone : 0641923059
- Prison de Grasse (06)
« Parlons Ensemble »
16, rue de l’Ancien Palais de Justice
06130 Grasse
07 68 00 17 96
parlonsensemble06@gmail.com
- Prison de Mauzac (24)
La Passerelle
Chemin de Plante Bas – 24150 Lalinde
05 53 24 86 65 (pendant les week-end uniquement) / 06 88 63 70 52 (pour réserver, du lundi au jeudi précédant le week-end d’hébergement)
lapasserelle24@orange.fr
- Prison de Brest (29)
La Maison Bleue
204 rue Général Paulet
29200 Brest
02 98 41 86 85
maisonbleue@donbosco.asso.fr
- Prisons de Seysses et du Muret (31)
Association Roqueclaire
1 avenue du Parc
31120 Roques
05 61 72 12 72
roqueclaire.reservation@orange.fr
- Prison de Béziers (34)
Foyer de l’Orb
8 avenue du pont vieux
34500 Béziers
07 67 84 86 92
hsj.foyerdelorb@gmail.com
- Prisons de Rennes et de Rennes-Vezin (35)
Maison l’Arc-en-ciel
53 rue Bigot de Préameneu
35000 Rennes
07 68 16 09 53 (avant 13h ou après 18h)
hebergement@brindesoleil-rennes.fr
- Prison d’Écrouves et de Toul (54)
L’Arche Touloise
3 avenue de la Première Armée Française
54200 Toul
03 83 64 58 41
arche.touloise222@orange.fr
- Prison de Lannemezan (65)
Hôtel de la gare
269 avenue de la gare
65300 Lannemezan
05 62 98 00 10 / 06 20 49 66 05
contact@hotel-dela-gare.fr
- Prison de Poitiers-Vivonne (86)
L’association AIRE
22 avenue Henri Pétonnet
86370 Vivonne
06 95 50 42 78
airepoitiersvivonne