Accès aux soins
Des personnes qui ont des maladies et/ou des troubles psychiques sont enfermées en taule. Et la prison rend malade aussi bien physiquement que psychologiquement. À l’arrivée en prison, la personne enfermée est reçue par un médecin. Si l’état de santé de votre proche le nécessite, vous pouvez contacter son médecin habituel et lui demander de transmettre son dossier médical au médecin de l’établissement, notamment si son traitement est particulièrement lourd. En théorie, le fait d’être enfermé-e ne doit pas entraver l’accès aux soins mais dans la pratique il est très compliqué de se faire soigner. En prison, les enjeux sécuritaires priment sur la santé des personnes. Les rendez-vous sont longs à obtenir, encore plus pour des médecins spécialisés et la programmation de soins à l’hôpital est rendue difficile. Cela est rendu encore plus difficile pour les personnes qui ne parlent pas français ou qui ont des difficultés avec l’écrit car en prison les démarches passent par l’écrit. La poursuite des traitements qui étaient pris à l’extérieur est de droit (à condition de signaler la prise de ces traitements au médecin de la prison). Tout au long de la détention, les personnes enfermées peuvent demander à l’unité sanitaire (US) de se faire dépister pour le VIH et les hépatites et à être vaccinées contre l’hépatite B.
Les personnes détenues ont le droit d’accéder à l’offre de soins organisée au sein des établissements pénitentiaires mais aussi hors de ceux-ci si cela s’avère nécessaire. La personne détenue n’a pas l’obligation de dire les raisons de sa demande de consultation médicale au personnel pénitentiaire. Mais dans les faits le secret médical est peu respecté et les matons sont très souvent au courant des dossiers médicaux. Toute personne détenue est prise en charge par le régime général de la sécurité sociale. Le statut d’affection longue durée (ALD) est maintenu lors de l’incarcération mais peut aussi être initié en cours de détention.
Les différentes structures de soin
Il y en a pour des soins « psychiatriques » et d’autres pour des soins « somatiques » (maladies physiques).
Au sein des prisons, les infirmiers distribuent les médicaments en cellules. Pour une prise en charge des soins de base et pour consulter un médecin ou psychiatre/psychologue, il y a :
– les unités sanitaires en milieu pénitentiaire (USMP). C’est l’infirmerie, il y a en a une dans chaque taule.
– les services médico-phychologiques régionaux (SMPR). Il y en a 26, donc pas dans chaque prison. Ils comprennent une partie hébergement (en cellules), c’est un hôpital de jour à l’intérieur de la prison.
Pour les urgences, les examens impossibles à faire à la prison (radio, scanner…) et les hospitalisations de moins de 48h, les personnes enfermées vont à l’hôpital de proximité. Normalement, elles doivent aller dans une « chambre sécurisée ». S’il n’y en a pas, la personne se retrouve dans une chambre classique, menottée au lit et surveillée par des matons à l’extérieur de la chambre. Ils et elles sont prévenu-es la veille au soir de leur transfert à l’hôpital et le moment de sortie est communiqué une ou deux heures avant.
Pour les hospitalisations de plus de 48h, il existe :
– les unités hospitalières sécurisées interrégionales (UHSI). Elles sont situées dans les hôpitaux classiques, pour les soins « somatiques ». Il y en a 8 en France. L’établissement public national de Fresnes est le seul établissement de soin qui est exclusivement réservé à des détenu-es et est sur le domaine pénitentiaire de Fresnes. Il est surtout utilisé pour les prisonnier-es âgé-es qui ont besoin de soins sur la durée. Ces hospitalisations se font avec le consentement des prisonnier-es. Les UHSI sont situées dans une aile de l’hôpital qui héberge des prisonnier-es et comprend une unité de soin classique. L’extérieur et les déplacements sont contrôlés par les matons et les prisonnier-es sont escorté-es possiblement avec menottes et entraves s’il faut aller en dehors de l’aile. Il n’y a pas de promenade, les personnes enfermées doivent rester dans leurs chambres, il n’est pas possible de cantiner, tous les effets personnels sont confisqués et mis au vestiaire. Il est interdit de fumer mais il est possible d’avoir des patchs. Il est officiellement possible de téléphoner et d’avoir des parloirs mais dans les faits il y a en a très peu. Les proches ne peuvent pas communiquer avec les médecins au sujet de l’état de santé de la personne à l’intérieur sauf dérogation, c’est le SPIP qui fait le relais. L’affection en UHSI ou UHSA entraîne un transfert avec changement de numéro d’écrou.
– les unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA). Elles sont situées dans les services psychiatriques des hôpitaux. Il y en a 9 en France, y être transféré-e implique donc souvent un éloignement géographique des proches. Le consentement de la personne n’est pas obligatoire pour y être transférée. Dans les UHSA, les matons s’occupent des transferts et contrôlent les entrées et les sorties de l’unité mais normalement ils ne sont pas présents dans l’unité de soin sauf sur demande du personnel soignant. Il y a au sein de l’unité une chambre d’isolement. Le recours à la contention et à la camisole chimique y est fréquent. Sauf contre indication médicale, les visites sont possibles. Les permis de visite, le courrier et les téléphones fonctionnent de la même manière qu’en prison. Il est possible de cantiner, la liste des produits disponibles est faite par l’AP et les hôpitaux. Il est possible d’avoir accès à une cour de promenade. Puisque c’est l’hôpital et non la pénit’ qui gère l’UHSA, la vie quotidienne y est gérée en mixité hommes/femmes (d’ailleurs elles sont surreprésentées en UHSA par rapport à leur nombre en détention)
– les unité pour malades difficiles (UMD). Les UMD sont des établissements de soins contraints où l’administration pénitentiaire peut décider d’envoyer des détenu-es. Ce sont des lieux d’enfermement psychiatrique très sécuritaires. La sortie est décidée par arrêté préfectoral après l’avis de la commission médicale de l’UMD. C’est le médecin psychiatre qui décide s’il est possible d’envoyer du courrier, d’avoir accès à une cabine téléphonique ou à des visites. Tout sera contrôlé par les soignant-es.
Suspension de peine pour raison médicale
La suspension de peine pour raison médicale est prévue par la loi du 4 mars 2002 dite « loi Kouchner ». Elle prévoit de suspendre l’incarcération des détenu-es malades dont le pronostic vital est engagé et dont l’état de santé physique ou mentale est durablement incompatible avec le maintien en détention. Deux expertises médicales doivent attester de l’état de santé de la personne pour obtenir sa libération. Depuis 2005, le juge peut refuser la suspension de peine en cas de « risque grave de renouvellement de l’infraction ». Dans les faits, les prisonnier-es dont la peine est suspendue pour raison médicale sont principalement en fin de vie.
Accès aux traitements de substitution
En prison, les usager-es de stupéfiants sont souvent confronté-es au manque, plus ou moins violent selon sa fréquence de consommation et le type de produit utilisé. Certains établissements disposent d’un quartier spécifique de prise en charge. Pour les autres, c’est auprès de l’unité sanitaire qu’il faudra se tourner. Ceux qui suivaient, dehors, un traitement de substitution (méthadone, subutex) doivent parfois le prouver afin de pouvoir le continuer en détention. Vous pouvez contacter des associations spécialisées, notamment l’auto-support des usager-es de drogues (ASUD).
Suicide
Les suicides sont plus fréquents en prison qu’à l’extérieur. Certains moments (l’arrivée en détention et l’approche de la sortie) sont plus à risques, ainsi que le mitard ou le quartier d’isolement. Un protocole de dépistage du risque suicidaire est mis en place à l’arrivée en détention par l’officier qui fait l’entretien d’entrée. Si votre proche est considéré-e comme à risque, il ou elle sera placé-e dans une cellule avec un-e co-détenu-e et il y aura plus de surveillance nocturne. En cas de crise suicidaire, il existe des cellules de protection d’urgence (CPU) où les patères sont souples, la télé est protégée par un plexiglas, les couverts sont en plastique, la couverture est indéchirable, les vêtements sont réduits à un pyjama en papier… C’est un lieu angoissant où la personne ne doit en théorie pas rester plus de 24 heures dans l’attente de voir un médecin. Si vous avez des craintes pour votre proche, vous pouvez les signaler au SPIP, à l’AP ou au service médical, en sachant que cela risque d’entraîner davantage de surveillance de la personne détenue ou un placement en CPU, ce qui peut augmenter son anxiété. N’oubliez pas que c’est tout à fait normal d’être déprimé-e lorsqu’on se retrouve en prison et qu’il y a une grosse différence entre être déprimé-e, dépressif-ve, et suicidaire. Prenez aussi soin de vous à l’extérieur car être affecté-e par l’incarcération d’un proche est tout à fait normal et vous pouvez aussi avoir besoin d’aide. En cas d’urgence, il existe des lignes d’écoute téléphonique (numéro de la ligne nationale : 3114).