Introduction

Si tu te retrouves avec ce guide entre les mains c’est sûrement que tu as besoin d’informations sur la prison, que tu sens que tu n’as pas les codes de ce monde où est maintenant ton ou ta proche, que tu as besoin de comprendre ce qu’il s’y passe pour mieux l’accompagner. On va te donner quelques combines, mais le plus important c’est l’entraide directe entre proches : les discussions dans le bus entre femmes qui se reconnaissent à leur sac de linge, les sourires de soutien lorsque quelqu’un-e arrive pour la première fois devant cette porte fermée, les propositions spontanées de covoiturage, les échanges humains entre gens qui savent qu’ils sont dans le même bain.
Avoir un-e proche en prison peut être angoissant et beaucoup de clichés circulent. Certes, les violences existent, notamment entre détenu-es, mais il faut toutefois les nuancer : il y a aussi de belles solidarités entre prisonnier-es et la violence est souvent du côté de l’administration pénitentiaire* (AP).
Il arrive, avec la prison comme horizon, qu’on soit désespéré-e, parce que la séparation fait mal et qu’on ne voit pas la fin d’une peine forcément trop longue. Le rôle des soutiens est précieux et important. Mais tout ne dépend pas de nous, alors il faut veiller à « garder la tête dehors » : en se ménageant et en continuant aussi notre vie à l’extérieur, on apporte un peu d’air du dehors à notre proche. Et on résistera certainement davantage aux épreuves qu’on rencontre inévitablement lorsqu’on soutient une personne incarcérée.
L’arrivée en prison est généralement en maison d’arrêt, ces prisons surpeuplées qui existent dans chaque département. C’est là que les enfermé-es attendent leurs procès, font une « petite » peine, ou attendent un transfert vers un établissement pour peine : centre de détention ou maison centrale.

En France, il y a 30 fois plus de prisonniers que de prisonnières.
Au parloir, on ne sait pas très bien la proportion, mais on voit beaucoup moins de pères, de maris, de frères et de fils que de mères, d’épouses, de sœurs et de filles. La solidarité (en particulier familiale) est davantage l’œuvre des femmes que des hommes, en prison comme ailleurs. Faire un guide pour les proches des détenu-es, c’est donc surtout s’adresser à des femmes qui soutiennent des hommes incarcérés (le plus souvent un membre de leur famille). À délit ou crime similaire et à durée de peine comparable, les femmes se retrouvent moins soutenues que les hommes. En termes de solidarités à l’extérieur, elles doivent davantage compter sur d’autres femmes que sur des hommes… C’est pourquoi, même si c’est un peu plus lourd à lire, nous avons refusé de les invisibiliser dans cette brochure et que nous avons veillé à l’utilisation d’une grammaire féminisée. Ainsi, s’il est écrit « les prisonnier-es », ça veut dire « les prisonniers et les prisonnières ». Par contre, en ce qui concerne les juges, les SPIP, les matons et tous les métiers liés à l’exercice de l’enfermement dont la fonction ne change pas selon le genre de l’oppresseur, nous avons décidé de continuer à utiliser le masculin générique.


Dans ces prisons travaillent des agents de l’ap. Ils sont souvent en uniformes qui ressemblent à ceux des gendarmes. Les surveillants ont des polos bleu marine avec des barres obliques dessus, il y en a 1, 2 ou 3 selon l’ancienneté. Parmi eux, il y a les « chefs », que les ancien-nes taulard-es appellent « bricards », qui ont officiellement le grade de « premier surveillant » (/// jaune sur le pull, les autres, surveillants « de base », ont les barrettes grises). Au dessus dans la hiérarchie, il y a les officiers, qui eux ont un polo bleu ciel et des barres du signe mathématique soustraction (-). Comme pour les surveillants, il y en a entre 1 et 3, en gris ou jaune (eux disent « argenté » ou « doré »). En civil, il y a la direction et aussi les membres de l’unité sanitaire* (l’infirmerie), du service social (service pénitentiaire d’insertion et de probation, spip) ou scolaire (l’école), il est fort probable que tu ne les rencontres jamais ! Il y a aussi des intervenant-es (aumônier-es, animateur-trices, conseiller-es France Travail…) que tu pourrais croiser en allant au parloir, mais ils et elles ne se mélangent guère aux « familles de détenu-es ». Enfin, il y a les bénévoles des, associations d’aide aux proches (les femmes y sont aussi majoritaires), qui sont installées dans le local des familles quand leurs associations sont validées par la pénit’. Il y a aussi des collectifs anticarcéraux que tu pourras trouver à tracter dehors pour une émission de radio ou en train de faire un parloir sauvage…
Petit à petit, tu arriveras à te repérer parmi tout ce monde.
Nous te souhaitons d’y trouver des complices. Nous te proposons d’en être.