Les premiers jours

Lorsqu’un-e proche vient d’être incarcéré-e, il y a souvent beaucoup de démarches administratives à effectuer. À cela s’ajoutent la famille ou les ami-es qu’il faut prévenir, les problèmes matériels qu’il faut régler… Et comme si tout cela ne suffisait pas, il faut en plus se familiariser avec les règlements, les usages et le vocabulaire de la prison et de l’administration pénitentiaire (AP).

Il est rare qu’une personne arrive en prison en ayant eu le temps de dire au revoir à ses proches et de préparer sa valise. Généralement, elle y arrive après une garde à vue. Elle est alors soit condamnée, soit « prévenue » (c’est-à-dire en détention préventive dans l’attente d’un jugement). Et généralement, elle se retrouve en maison d’arrêt.

L’arrivée en prison

Toute personne, à son arrivée en détention, qu’elle soit condamnée ou prévenue, effectue des « formalités d’écrou* » (c’est la « mise sous écrou »). L’établissement lui attribue alors un « numéro d’écrou », qu’elle conservera jusqu’à sa libération ou son transfert dans une autre prison.
Dans la plupart des établissements, les personnes détenues sont affectées, au début, dans une cellule du « quartier arrivant ». Elles y restent au moins 48h, le temps des formalités d’écrou, avant d’être affectées dans la détention « normale ». Cette « période d’observation » à laquelle sont soumis-es les arrivant-es* peut durer jusqu’à trois semaines.
Le jour de son arrivée ou, au plus tard, le lendemain, chaque arrivant-e doit être rencontré-e par un membre de la direction de l’établissement.
Un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (un « CPIP* » parfois appelé « CIP », leur ancien nom) est systématiquement informé de l’identité et de la situation pénale de tout-e arrivant-e. Il a accès à son dossier individuel et il doit aller visiter l’arrivant-e « dès que possible ». Cette personne fait partie d’un service de la prison qui s’appelle le SPIP* (service pénitentiaire d’insertion et de probation), qui est chargé de « prévenir les effets désocialisants de l’enfermement sur les détenu-es, de favoriser le maintien de leurs liens sociaux et familiaux et de les aider à préparer leur réinsertion sociale ». Dans la pratique, les cpip font partie de l’AP. À ce titre, ils peuvent transmettre toutes les informations (comme les courriers) qu’ils jugent utiles au juge de l’application des peines.
Tout-e détenu-e arrivant-e doit également rencontrer un médecin.
Très vite, votre proche se rendra compte qu’en prison la majorité des démarches s’effectuent par écrit. Cela peut être compliqué pour certaines personnes. Des codétenu-es* peuvent parfois s’entre-aider. Dans beaucoup de prisons, il existe aussi ce qu’on appelle « un écrivain public », c’est-à-dire quelqu’un-e pouvant aider les personnes à rédiger des documents administratifs ou légaux, n’hésitez pas à en informer votre proche le plus tôt possible !

L’information des proches

A son arrivée en prison, chaque détenu-e « doit être immédiatement mis en mesure d’informer sa famille de son incarcération ». Concrètement, l’AP, par le biais du SPIP, doit lui fournir un « kit » de correspondance qui comprend des timbres, du papier à lettre, des enveloppes et un stylo.
C’est généralement un CPIP (un-e aumônier-e ou un surveillant peuvent également le faire) qui téléphone à la famille pour la prévenir de l’incarcération. Il peut le faire même si le juge d’instruction a ordonné une interdiction de communiquer à l’encontre d’un-e prévenu-e. Toutefois, la personne détenue peut prévenir elle-même ses proches : elle a théoriquement le droit de passer gratuitement un appel dans ses premières heures de détention, même si elle est écrouée pendant la nuit et que le service de la comptabilité est fermé. Il ne faut pas hésiter à insister auprès du CPIP pour y avoir droit.
Pour les personnes prévenues, il faut que le magistrat en charge du dossier de la procédure dans leur affaire ait donné son accord. 
Les CPIP sont souvent submergés de travail (il y a en moyenne un CPIP pour 100 détenus), certains sont « blasés » ou peu rigoureux. Le CPIP peut donc tarder à vous contacter.
Si vous ignorez dans quelle prison votre proche est incarcéré-e, il est compliqué d’obtenir l’information par l’administration pénitentiaire. Comme il n’est plus obligatoire d’inscrire le numéro d’écrou sur l’enveloppe pour écrire à un-e détenu-e, la combine consistant à téléphoner au greffe en utilisant le prétexte d’obtenir ce numéro, pour savoir si la personne est bien enfermée là ou non, ne marchera pas forcément. Il faudra donc se renseigner auprès de l’avocat-e pour savoir dans quelle prison la personne se trouve. On peut parfois trouver cette information dans la presse. 
Si un-e détenu-e mineur-e n’informe pas personnelement sa famille, le directeur a l’obligation de le faire. Mais les services éducatifs auprès du tribunal (SEAT) l’ont normalement déjà fait. Le directeur informe également la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui a obligatoirement été déjà saisie par le magistrat chargé du dossier, puisque celui-ci doit recueillir leur avis avant toute incarcération d’une personne mineure.

Les démarches

Les premiers jours d’incarcération sont souvent les plus difficiles et il est important que votre proche ne se sente pas abandonné-e. Toutes ces démarches lui apporteront du soutien :
– Contacter le SPIP et éventuellement l’association d’accueil des familles (voir ci-dessous).
– Demander un permis de visite
– Contacter les personnes qu’il est judicieux ou nécessaire  d’informer de l’incarcération de votre proche (notamment l’employeur).
– Envoyer de l’argent. Votre proche pourra ainsi faire face aux premières dépenses- Apporter du linge. Il faut le faire rapidement, car dans la plupart des prisons, cela n’est possible, en l’absence de permis de visite, que pendant les 15 premiers jours d’incarcération. Vos courriers mettront certainement davantage de temps à lui parvenir, surtout si son affaire est encore en cours d’instruction (qu’il n’y a pas encore de condamnation), donc le linge est aussi le moyen le plus rapide de faire savoir à votre proche que vous le ou la soutenez.
– Envoyer un courrier. Ce premier courrier est souvent très important, car il arrive souvent que les détenu-es soient très inquiet-es de la réaction de leurs proches. Joignez quelques timbres et éventuellement des enveloppes. Vous pouvez également envoyer quelques photos (de vous, de lieux associés à des souvenirs, etc).
– Les conseils d’un avocat sont souvent nécessaires lorsqu’on est détenu-e. Votre proche en a peut-être déjà désigné un. Contactez-le. Vous pouvez également proposer à votre proche le nom d’un autre avocat.

Accueil familles
Vous pouvez téléphoner au service des parloirs de la prison pour qu’on vous indique s’il existe une association d’accueil des proches et, le cas échéant, son numéro de téléphone et ses horaires d’ouverture. L’association pourra vous donner les modalités du dépôt de linge en l’absence de permis de visite et vous renseigner sur la procédure d’obtention du permis. Ces informations sont également souvent disponibles sur internet, sur le site de l’accueil familles de la taule en question.

Le premier contact avec le SPIP

Qu’un CPIP vous téléphone ou que ce soit vous qui preniez l’initiative d’appeler le SPIP, voici les informations que vous pouvez demander :
– le nom du CPIP chargé du dossier de votre proche. Cela vous permettra ultérieurement d’entrer directement en contact avec lui, en cas de difficultés de votre proche ou de vous-même. Ne surestimez pas l’aide qu’il peut apporter, mais vous pouvez lui demander des nouvelles de la personne incarcérée et obtenir qu’il informe votre proche de l’échange téléphonique. Votre proche sera certainement rassuré-e de savoir que vous êtes informé-e de sa situation.
– le numéro d’écrou de la personne détenue. Celui-ci est souvent demandé lors des démarches administratives et est indispensable pour envoyer de l’argent.

Récupérer des objets 

Lors de l’incarcération, les personnes peuvent garder leurs vêtements, leur alliance et leurs photographies de famille. Tous les autres objets avec lesquels les détenu-es arrivent en prison (portefeuille, téléphone portable, clés…) sont placés à la « petite fouille » où ils sont gardés jusqu’à leur libération. Il faut tenter de s’adresser au greffe, souvent possible via le CPIP, afin de connaître les démarches permettant à votre proche d’autoriser la sortie de ces objets. Parfois c’est aux détenu-es de faire cette démarche (et il est dans ce cas nécessaire de passer par l’avocat).

Incarcération et disputes
Il arrive fréquemment que l’incarcération d’une personne entraîne des conflits dans son entourage. Certain-es sont en colère contre la personne détenue ou se sentent trahi-es, d’autres essaient d’en attribuer la responsabilité à une tierce personne… Parfois, ce sont les faits en cause ou ce qu’on a appris lors d’interrogatoires qui peuvent déstabiliser. Mais la prudence s’impose, même si les doutes peuvent être terribles… Attendez de rencontrer la personne détenue et d’en discuter avec elle. Et puis, on peut refuser de juger un proche pour ce qu’il a fait et le soutenir pour ce qu’il est…

Et les enfants ?

Il vaut mieux ne pas cacher la vérité aux enfants. Ils comprennent souvent beaucoup plus que les adultes ne le croient. Il faut évidemment tenir compte de leur âge et de leur personnalité dans la façon de leur annoncer l’incarcération d’un-e proche. On peut prendre un peu son temps, surtout s’il s’agit de l’incarcération d’une personne avec laquelle l’enfant n’avait pas de contacts réguliers. Cela permet également d’avoir davantage de recul, d’éviter des maladresses à un moment où on peut être soi-même particulièrement stressé-e.
Dire à un-e enfant qu’un-e parent-e ou un-e proche est en prison n’est pas facile. Essayez de l’expliquer avec des mots simples. Evitez de mentir en disant que la personne est à l’hôpital car l’enfant risquerait de s’inquiéter pour sa santé. Vous pouvez demander à l’accueil de la prison ou à l’UFRAMA des livrets bien écrits pour parler des différentes situations d’incarcérations (prison, bracelet..) aux enfants. Il existe aussi des livres pour enfants qui parlent de la prison et des procédures judiciaires. 
Dire qu’une personne est en prison n’implique pas forcément d’expliquer les « faits » : d’ailleurs, on ne sait pas toujours soi-même ce qu’il s’est exactement passé. Il est important de laisser aussi la possibilité à la personne incarcérée de s’expliquer à ses proches plus tard, au parloir ou quand elle sera libérée. 
Chaque enfant réagit à sa manière à l’incarcération d’un parent ou d’un adulte de son entourage. Comme dans d’autres situations (par exemple les divorces), il arrive que les enfants culpabilisent : « c’est de ma faute, il ne veut plus me voir ». Les enfants peuvent aussi penser que leur parent les a abandonné-es. S’il faut les laisser exprimer leurs angoisses, il est aussi important de les rassurer sur l’amour que leur porte la personne détenue et leur expliquer qu’ils et elles n’y sont pour rien. Il n’y a pas de règles uniformes à suivre mais il est important d’être à l’écoute de l’enfant et de s’efforcer de communiquer avec elle ou lui.
Il n’y a aucune obligation d’informer l’école de l’incarcération d’un parent : cela dépend surtout de la réaction de l’enfant et s’il ou elle est amené-e par exemple à s’absenter de l’école pour des visites à son parent.
Il est parfois difficile de maintenir des liens entre un-e enfant et son parent détenu-e. Essayez de laisser l’enfant vivre sa relation avec la personne de la façon qu’il lui convient : s’il ou elle n’a pas forcément envie d’écrire une lettre, il ou elle peut envoyer des dessins, préparer une chanson pour le parloir ou pour un message à la radio, apporter ses cahiers de classe ou ses bulletins de notes au parloir…